Vendredi 2ème semaine de Pâques

Vendredi, 28 Avril 2017

Dernière retraite d’ÉLISABETH DE LA TRINITÉ

Les élus se prosternaient, ils adoraient et jetaient leurs couronnes devant le trône, en disant : "Tu es digne, Seigneur, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance”. Comment imiter dans le ciel de mon âme cette occupation incessante des bienheureux dans le Ciel de la gloire ? Comment poursuivre cette louange, cette adoration ininterrompue ? Saint Paul me donne une lumière là-dessus lorsqu’il souhaite pour les siens que le Père les fortifie par son Esprit, en sorte que Jésus-Christ habite par la foi en leurs cœurs, et qu’ils soient "enracinés et fondés dans l’amour". Être “enraciné et fondé dans l’amour” : telle est, me semble-t-il, la condition pour remplir dignement son office de “louange de gloire”. L’âme qui pénètre et demeure en ces profondeurs de Dieu, qui fait par conséquent tout "en Lui, avec Lui, par Lui et pour Lui", avec cette simplicité du regard qui lui donne une certaine ressemblance avec l’Être simple, cette âme "s’enracine" plus profondément en Celui qu’elle aime, par chacun de ses mouvements, de ses aspirations, comme par chacun de ses actes, quelque ordinaires qu’ils soient. Tout en elle rend hommage au Dieu trois fois saint : elle est pour ainsi dire un "Sanctus" perpétuel, une louange de gloire incessante !
Ils se prosternent, ils adorent, ils jettent leurs couronnes. L’âme doit d’abord se prosterner, se plonger dans l’abîme de son néant, s’y enfoncer tellement que, selon la ravissante expression d’un mystique, elle trouve la paix véritable, invincible et parfaite que rien ne trouble, car elle s’est précipitée si bas que personne n’ira la chercher là. Alors elle pourra adorer.
L’adoration ! Ah ! C’est un mot du Ciel ! Il me semble que l’on peut la définir : l’extase de l’amour. C’est l’amour écrasé par la beauté, la force, la grandeur immense de l’Objet aimé ; c’est l’amour qui tombe dans une sorte de défaillance, dans un silence plein, profond, ce silence dont parlait David lorsqu’il s’écriait : “Le silence est ta louange ! ”. Oui, c’est la plus belle louange, puisque c’est celle qui se chante éternellement au sein de la tranquille Trinité, et c’est aussi le dernier effort de l’âme qui surabonde et ne peut plus rien dire.
"Adorez le Seigneur, car il est saint", lit-on dans un psaume. Et encore : "On l’adorera toujours à cause de Lui-même". L’âme qui se recueille sous ces pensées, qui les pénètre avec ce sens de Dieu dont parle saint Paul, vit dans un Ciel anticipé, au-dessus de ce qui se passe, au-dessus des nuages, au-dessus d’elle-même ! Elle sait que Celui qu’elle adore possède en Lui tout bonheur et toute gloire, et “jetant sa couronne” en sa présence comme le font les bienheureux, elle se méprise, elle se perd de vue et trouve sa béatitude en celle de l’Être adoré, parmi toute souffrance et douleur, car elle s’est quittée, elle est "passée" en un Autre.
Il me semble que dans cette attitude d’adorante, l’âme ressemble à ces puits dont parle saint Jean de la Croix, qui reçoivent les eaux qui descendent du Liban. Et l’on peut dire en la voyant : “L’impétuosité du fleuve réjouit la Cité de Dieu”.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...