NATIVITE DE ST JEAN-BAPTISTE

Samedi, 24 Juin 2017

 Vie spirituelle d’UN CHARTREUX

Saint Jean-Baptiste n’a pas reposé sur le cœur du Maître, mais il l’a compris et deviné dans sa solitude ; il l’a indiqué aux autres. Il n’a pas voulu en jouir pour lui-même, il s’est effacé dans sa délicatesse. Sa personnalité était trop forte ; il aurait gêné les intimités si douces de Jésus et du disciple bien-aimé. Heureux ceux qui comprennent les mystères du Baptiste et de saint Jean. Saint Jean repose sur le cœur du Maître, c’est une âme profonde et délicate à laquelle dans une douce intimité les secrets les plus hauts sont révélés. Mais le Baptiste est une âme vaste et profonde qui dans la solitude a compris le cœur du Maître. Le jardin de saint Jean est le jardin fermé dont parle le Cantique tout plein de suaves odeurs et de fleurs enchanteresses où ne pénètre qu’une douce lumière, mais le cœur du Baptiste est le désert austère aux immenses horizons qui laissent tout deviner aux âmes de désir et dont la lumière éblouit. Heureux celui que saint Jean introduit dans le jardin de son cœur, son âme en est embaumée pour le reste de sa vie, mais heureux aussi celui que le Baptiste emmène avec lui au désert, qui s’assied avec lui sur la roche nue au souffle brûlant et vivifiant du vent, qui contemple longtemps les vastes horizons, qui sent la nostalgie des désirs infinis, qui pressent les grandeurs de Dieu et découvre lentement ses tendresses. Le silence de saint Jean est un silence délicat qui découvre les intimités de l’amour, le silence du Baptiste est le silence du désert qui cache sa souffrance et son dépouillement. Il ne faut pas troubler le silence de l’amour, mais il faut respecter le silence du désert. Saint Jean a plus que tout autre connu le mystère de la Rédemption. Seul des Apôtres il s’est tenu au pied de la Croix, sentant en son âme toutes les souffrances du Christ, mais cette heure est aussi celle de la plus grande intimité. Il a reçu la Vierge pour mère ! Le Baptiste a lui aussi vécu le mystère de la croix : il est mort seul dans le froid et l’obscurité d’une prison pour une âme qu’il n’a pu sauver. Sa mort est le fruit d’une débauche. Il est proche du Christ nu et dépouillé, abandonné des hommes et portant en vain leur honteuse misère. Saint Jean est le patron des âmes délicates et profondes, douces et aimantes ; le Baptiste celui des âmes fortes et douloureuses aux désirs infinis et aux tendresses cachées. Saint Jean reçoit plus de douces confidences, mais parmi ceux qui sont nés de la femme il n’en est pas de plus grand que saint Jean-Baptiste. Saint Jean sur le cœur du Maître a connu le mystère de la Trinité et en a sondé les profondeurs. “Au commencement était le Verbe”. Mais Jean-Baptiste dans le désert en a connu la révélation. Il a vu le ciel s’ouvrir, la colombe descendre et la voix du Père prononcer les paroles divines : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé”. Et il est mêlé à ce mystère plus intimement qu’un autre dans le baptême de Jésus. Saint Jean et saint Jean-Baptiste ! Il ne s’agit pas de les diminuer aux dépens l’un de l’autre. Ils nous en voudraient l’un et l’autre. Saint Jean est le fils bien-aimé du Baptiste, le fils de son âme. Le diminuer c’est le toucher à la prunelle de son œil. Le voir exalter est sa plus grande joie ! Il sait bien qu’en découvrant et en aimant l’âme de saint Jean, c’est sa propre âme que l’on découvre et qu’on aime. Il est l’homme des joies secrètes, l’homme qui s’efface pour laisser aux autres la plénitude de la joie. Il est le Précurseur, l’homme qui devine tout, mais n’achève rien, l’homme au respect infini pour les âmes, qui leur révèle le premier l’amour, puis les laisse chacun suivre sa voie. Pour lui, il rentre dans le mystère. Sa joie est dans cet inachèvement et c’est là que sa perfection s’achève, comme les lointains des déserts qu’il aime sont sans fin. Mais il aime s’asseoir près du jardin de son enfant lorsque le vent du printemps en exhale les suaves parfums. Il est là et il tressaille de joie lorsqu’il entend la porte qui s’ouvre et qu’une âme est introduite dans ce jardin enchanté pour y faire quelques pas. C’est sa joie, et elle est pleine. Vie spirituelle 1960, p.648-651.

 

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