Lundi 16ème semaine du T.O.

Lundi, 24 Juillet 2017

La souffrance de Dieu de FRANÇOIS VARILLON

On lit parfois des pages très belles sur Dieu, ses attributs, sa grandeur, son mystère. On les qualifierait volontiers de mystiques, si l’on ne redoutait de galvauder ce mot. Mais si le nom de Jésus Christ est absent, on n’évite pas le soupçon. Ce que dit l’auteur, comment le sait-il ? D’où le tient-il ? Les chrétiens ont raison de se méfier de propos théologiques qui ne procèdent pas de la connaissance du Christ, ou qui se développent sans se référer explicitement à son Évangile. Il ne faut pas se lasser de répéter la phrase-clé que nous lisons en saint Jean : "Qui m’a vu a vu le Père". Elle signifie que l’unité de Dieu et de l’homme en Jésus manifeste temporellement l’unité éternelle du Père et du Fils dans le Saint-Esprit. La voix du Fils est la voix du Père. Entendre Jésus, c’est entendre le Père.
Nulle part hors du christianisme vérité divine et chemin spirituel ne coïncident pleinement dans la présence objective d’un homme historique. Mais, en christianisme, Dieu est ce que le Christ dit, montre et fait. Il faut lire l’Évangile comme un enfant, mais avec beaucoup d’amour. Jésus a tressailli de joie, mais, dit l’Imitation, "sa vie entière fut croix et martyre" ; et saint Ignace de Loyola évoque "les peines, fatigues et douleurs que le Christ a supportées depuis l’instant de sa naissance jusqu’au mystère de sa passion". Plutôt que de contempler Jésus extérieur à moi, devant moi, je dois entrer en lui pour me tourner avec lui vers le Père et vers les hommes. Ainsi éprouverai-je plus intensément ce qu’il éprouve quand il se heurte à la froideur ou à la mauvaise foi, quand il mesure la distance entre la sublimité de la vocation humaine et le misérable usage que plus d’un fait de sa liberté, quand il voit, comme dit Claudel, le "sabotage de cette intention en nous vers la hauteur" que Dieu fait incessamment sourdre au centre des âmes en les créant.
Quand Jésus se rend présent et fait attention à l’homme désaccordé, il participe à lui. Connaître, c’est naître avec, c’est participer. Jésus ne me regarde pas, il me touche. Il coïncide. C’est au-dedans de lui qu’il entend combien péniblement cela grince en moi. Et, quoi qu’il en soit de la complicité ténébreuse du malheur avec le péché, il y a l’immense champ de souffrances que symbolisent dans le langage des poètes l’oiseau lapidé et l’arbre foudroyé : la maladie, le deuil, l’infirmité, l’échec, la solitude. Tout cela, Jésus le parcourt en tous sens. Il passe sa vie dans les régions les plus douloureuses de notre humanité. Et cela grince aussi dans son cœur. Il se dit, il se veut médecin. Il se dit, il se veut avocat. Il est l’un et l’autre. Le bon médecin compatit et, quand il y a urgence, il se hâte, disant : "Je viens tout de suite". Il n’a qu’un but : guérir. Jésus guérit. Il guérit massivement, sans choisir : "On lui amena les malheureux atteints de maladies et de tourments divers, et il les guérissait tous". Mais une épine le perce quand l’incrédulité l’empêche de faire à Nazareth aucun miracle.
Le bon avocat conseille, aide, assiste, encourage. Il n’est pas un pur technicien du droit. Lui aussi participe, et d’autant plus étroitement qu’il connaît plus intimement son client. Or Jésus "sait ce qu’il y a dans l’homme", et il sait que Dieu sait : "Même si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît tout". Aucune pièce du dossier ne lui est importune. Loin d’envisager les choses selon la rigidité de la loi, un mot suffit à sa plaidoirie : "C’est ton fils, c’est ta fille", dit-il au Père. Rien de plus.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...