Jeudi 27ème semaine du T.O.

Jeudi, 12 Octobre 2017

Ecrits de prison de THOMAS MORE

Aide-moi, Père bien-aimé, aide-moi. Aide-moi de ta puissante grâce, secours-moi de ta très miséricordieuse faveur, sauve-moi des nombreux périls où je suis, car si tu ne viens dans ton infinie bonté me délivrer, je suis une créature perdue.
Ton commandement exprès est que je t’aime de tout mon cœur, de tout mon esprit et de tout mon pouvoir. Or je sais bien que je ne le fais pas, mais que j’en suis fort loin... Je ne te garde point en ma mémoire, ni ne te porte en ma pensée, ni n’occupe mon cœur de toi aussi souvent que je le devrais, mais à chaque bagatelle qui me vient à l’esprit, je souffre que tu t’en détaches et que tu en tombes; et à chaque fantaisie qui agite mon cœur, je te mets de côté et bientôt t’oublie. Je laisse maintes pensées frivoles abuser librement de mon âme. Mais avec toi, mon Père, j’en use légèrement, retournant bientôt au souvenir de tes créatures et ne m’attardant auprès de toi qu’un petit temps...
A qui recourir pour trouver du secours ? Où chercher remède contre cette mondaine et terrestre inertie de mon cœur? Où aller plutôt qu’à mon Père? A mon Père très aimant, à mon Père très miséricordieux, à lui qui dans son amour et sa miséricorde infinis m’a donné l’audace de l’appeler ainsi...
Ô Père, où donc trouver du secours en ma nécessité sinon en toi qui veux que je t’appelle : Père? Ce nom de Père est un nom de grand amour et de grande tendresse, de grand délice et de grand plaisir, qui incline le cœur à grand espoir, à grand réconfort et à mainte autre affection délectable. Et quand il n’y aurait rien que ce seul nom, il suffirait à me faire croire avec confiance que toi qui m’as commandé de t’appeler de ce nom de Père m’aideras et me secourras en mon besoin aussi souvent que je t’en ferai part. Mais je le crois bien plus encore pour ce que mon Sauveur ton Fils Jésus Christ m’a assuré que tu es pour moi un Père meilleur et plus aimant que ne fut mon propre père selon la nature...
Je ne demande rien autre que ton bon et saint Esprit dont Jésus a promis qu’il serait donné à tous ceux qui te le demanderaient... Si je puis obtenir à présent ton saint Esprit, il me fera t’aimer de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de tout mon pouvoir, car il est la fournaise même de la charité, il allume dans les esprits le suave brasier de tous les pieux désirs et leur donne la force et le pouvoir de nourrir toute affection spirituelle, spécialement envers toi.
C’est pourquoi, Père bien-aimé, puisque tu m’as expressément commandé de t’aimer ainsi de tout mon cœur - ce que je voudrais bien faire, mais ne puis sans ton secours et ton Saint-Esprit - , je te supplie de répandre dans mon cœur ton très saint Esprit, afin que sa présence me réchauffant, m’incendiant et m’embrasant du feu spirituel de la charité, je puisse attacher fermement à toi mon cœur, mon âme et mon esprit avec l’assurance confiante que tu es mon Père bien-aimé.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...