Immaculée Conception

Vendredi, 8 Décembre 2017

Le mystère de l’Église JOHN-HENRY NEWMAN

En Marie, la marche du monde allait être renversée, et la tête du serpent écrasée. En elle, la malédiction proférée contre Ève devint bénédiction.
Dans cette terrible transaction qui aboutit à la chute de l’homme, il y eut trois parties concernées, le serpent, la femme et l’homme ; et au moment de leur condamnation, un événement fut annoncé pour un lointain avenir, et où les mêmes parties allaient se retrouver : le serpent, la femme et l’homme. Mais ce devaient être un second Adam et une seconde Ève, et cette nouvelle Ève devait être la mère du nouvel Adam. "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien". Le lignage de la femme est le Verbe Incarné et la femme, dont Il est le lignage ou le fils, sa mère Marie.
Si Ève à l’origine, habitée de ce don moral que nous appelons grâce, présentait une plus haute qualité humaine, est-il téméraire de dire que Marie fut encore davantage comblée de grâce ? Et si Ève avait en elle ce don surnaturel dès le premier instant de son existence personnelle, est-il possible de refuser ce même don à Marie dès le premier instant de son existence personnelle ? Je ne vois pas comment éviter cette conclusion : c’est, tout simplement et littéralement, la doctrine de l’Immaculée Conception. Elle me paraît vraiment se rattacher à celle des Pères, selon laquelle Marie est la Seconde Ève. C’est pour moi, à la vérité, un phénomène des plus étranges que tant de gens instruits et de piété sincère, trébuchent sur cette doctrine. Je ne puis me l’expliquer qu’en supposant qu’en réalité ils ne savent pas ce que nous entendons par l’Immaculée Conception.
Nous n’acceptons pas que Marie ait eu le péché originel. Par ce terme, en effet, nous entendons la dépossession de cette grâce surnaturelle et absolument gratuite qu’Adam et Ève avaient reçue au moment même où ils furent créés, cette dépossession et ses suites. Pas plus qu’eux Marie ne pouvait mériter une réintégration en cette grâce ; mais celle-ci lui fut rendue par un acte de pure générosité de la part de Dieu, au tout premier instant de son existence ; et de ce fait elle ne se trouva jamais sous le coup de la malédiction originelle, qui consistait en la perte de cette grâce. Ce privilège, qui lui est particulier, lui fut donné pour la préparer à devenir la Mère de son Rédempteur et du nôtre, pour s’y préparer moralement et spirituellement ; de telle façon que, sous la poussée de cette première grâce, elle grandisse tellement dans la grâce que, lorsque l’Ange entra et que son Seigneur fut tout proche, elle soit "comblée de grâce", aussi prête que puisse l’être une créature à Le recevoir en son sein.
Marie est sainte non seulement parce qu’elle est la mère de Jésus, mais aussi parce que Celui-ci est son fils. "Si la racine est sainte, les branches aussi". D’où les titres que nous avons coutume de lui donner. Il est la Sagesse de Dieu, elle est donc le Siège de la Sagesse. Sa présence apporte le Ciel, elle est donc la Porte du Ciel. Il est la Miséricorde infinie, elle est donc la Mère de miséricorde. Elle est "la Mère du bel amour, de la crainte, de la connaissance, et de la sainte espérance". Est-il alors surprenant qu’elle ait laissé derrière elle, dans l’Église d’ici-bas "un parfum comme celui du cinnamome et de l’aspalathe", et qu’elle embaume "comme une myrrhe de choix" ? L’Église a donc toujours tenu profondément à cœur cette vérité, dont ses enfants témoignent d’un sens très vif, qu’à la sainteté de Marie on ne peut assigner d’autres limites que celles mêmes que peut atteindre une créature.

 

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