Mardi 4ème semaine du Carême

Mardi, 13 Mars 2018

Sermon sur le carême LÉON LE GRAND

Parmi tous les jours de l’année que la dévotion chrétienne honore de façons variées, il n’en est pas, bien-aimés, qui dépasse en excellence la fête pascale, car celle-ci consacre dans l’Église de Dieu la dignité de toutes les solennités. Oui, même la naissance du Seigneur du sein de sa mère, avait pour fin ce mystère ; et le Fils de Dieu n’eut pas d’autre raison de naître que celle de pouvoir être cloué sur la croix. Dans le sein de la Vierge, en effet, il prit une chair mortelle et dans cette chair mortelle se réalisa l’économie de la passion. C’est ainsi qu’il advint, par un dessein ineffable de la miséricorde de Dieu, que cette chair fut pour nous sacrifice rédempteur, abolition du péché et prémices de résurrection pour l’éternelle vie.
Considérant ce que l’univers a reçu par la croix du Seigneur, nous reconnaîtrons que, pour célébrer le jour de Pâques, il est juste de nous préparer par un jeûne de quarante jours afin de pouvoir participer dignement aux divins mystères. En effet, ce ne sont pas seulement les évêques ou les prêtres, mais le corps entier de l’Église et l’ensemble des fidèles qui doivent se purifier de toutes souillures, afin que le temple de Dieu, dont le fondement est son fondateur lui-même, soit beau dans toutes ses pierres, lumineux dans toutes ses parties. Puisque l’ensemble des fidèles et chacun en particulier sont un seul et même temple de Dieu, celui-ci doit être parfait en chacun, comme il doit être parfait en tous ; car, même si les membres ne sont pas tous aussi beaux, même si les mérites ne sont pas les mêmes pour tant d’êtres si différents, le lien de la charité crée cependant une beauté commune. Même s’ils ne participent pas aux mêmes dons de la grâce, ceux qui sont unis par un saint amour se réjouissent pourtant mutuellement de leurs biens. Ce qu’ils aiment ne peut leur être étranger, car c’est accroître ses propres richesses que de trouver sa joie dans le progrès des autres.
Que le peuple de Dieu soit donc saint, qu’il soit bon : saint pour fuir ce qui est défendu, bon pour faire ce qui est commandé. C’est une grande chose, certes, d’avoir une foi pure et une saine doctrine ; il est très louable de maîtriser la gloutonnerie, de montrer une tendre bonté et une chasteté délicate, pourtant, sans la charité, toutes les vertus sont sans éclat et, dans une vie, si excellente soit-elle, on ne peut dire fécond ce que l’amour n’a pas enfanté.
Que les fidèles scrutent donc leur âme, et soumettent à un examen sincère les sentiments intimes de leur cœur : s’ils trouvent en bonne place dans leur conscience quelque produit des fruits de la charité, qu’ils ne doutent pas que Dieu soit en eux, et qu’ils se montrent alors plus larges encore dans les œuvres d’une persévérante miséricorde, afin d’être de plus en plus aptes à recevoir un tel hôte. En effet, si Dieu est amour, l’amour ne peut avoir de bornes, puisque aucune limite ne peut enfermer la Divinité.
Tous les temps sont bons, il est vrai, frères bien-aimés, pour pratiquer le bien de la charité. Pourtant, les jours présents nous y invitent plus instamment. Si nous désirons recevoir la Pâque du Seigneur avec une âme et un corps sanctifiés, efforçons-nous surtout d’acquérir cette grâce de la charité qui contient toutes les vertus et couvre la multitude des péchés.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...