Jeudi de la 14ème semaine du T.O.

Jeudi, 12 Juillet 2018

Homélie de FR. LUC THOMAS SOMME

Un étudiant japonais bouddhiste m’étonna grandement, il y a quelques mois, lorsque, au cours d’une discussion que nous avions ensemble, il accusa le christianisme de favoriser la multiplication des crimes en promettant le pardon de Dieu à ceux qui les commettent. J’eus beau lui dire que le pardon n’est pas une approbation du mal commis et qu’il suppose le regret de la part du coupable, je voyais qu’il y avait entre nos perceptions mutuelles du christianisme un épais malentendu. J’y ai réfléchi depuis et je me suis demande si nous n’encourions pas quelque responsabilité dans celle méprise. Il est certainement heureux que notre époque souligne que Dieu est amour, tendresse et miséricorde, mais ne faut-il pas aussi, dans le même temps et dans la même mesure, affirmer qu’il est juste ? Infiniment bon et infiniment juste, car bonté et justice ne sont en lui qu’une seule et même réalité. Si le chrétien peut et doit exalter le pardon, et surtout en vivre, ce ne saurait être au détriment de la justice, comme si le mal n’avait pas d’importance. Magnifier le pardon, ce n’est pas assurer l’impunité aux tortionnaires et justifier la perpétuelle oppression des petits, des faibles et des pauvres. Le pardon n’est pas une complicité ou une indifférence à l’égard du mal. Il est permis parfois de crier son indignation et sa révolte, niais à la manière des psaumes, c’est-à-dire en abandonnant à Dieu cette justice dont nous n’abdiquons nullement le désir mais que nous renonçons à accomplir nous-mêmes. La capacité de pardonner dépend ainsi de notre confiance en Dieu notre Père. C’est pourquoi le livre de Ben Sirac le Sage invite, pour dépasser le désir de rancune ou de vengeance, à penser à la mort et à l’au-delà, aux commandements et à l’Alliance du Très-Haut. Plus, en effet, nous nous savons débiteurs à l’égard de la miséricorde de notre Père Céleste, plus nous devenons à même d’agir à l’égard de nos frères avec la même inlassable bonté, en pardonnant non seulement jusqu’à 7 fois, chiffre symbolique de plénitude, niais jusqu’à 70 fois 7 fois, c’est-à-dire : plus que beaucoup : toujours. Il n’est pas anodin que dans la prière que Jésus a laissée à ses disciples figure cette demande : Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Il s’agit de la prière filiale par excellence, celle enseignée par le Fils Unique de Dieu à ceux qui ont été adoptés par son Père et notre Père comme enfants de Dieu. Cela signifie que ce pardon incommensurable qui nous est demandé, et qui manifeste l’amour des ennemis auquel Jésus nous appelle par ailleurs, fait partie de notre vie d’enfants de Dieu, non comme une option louable supplémentaire niais comme une exigence intrinsèque. C’est pourquoi la prière quotidienne du Notre Père, si elle est dite en vérité, non des lèvres seulement mais du fond du cœur, est un puissant moteur de conversion.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...