Saint Laurent

Vendredi, 10 Août 2018

Traité sur Jean de SAINT AUGUSTIN

Le Seigneur nous a tout dit sur sa chair et son sang ; il nous a promis la vie éternelle, à nous qui avons la grâce de les recevoir. Il a voulu faire comprendre par là qu’il faut manger sa chair et boire son sang pour que nous demeurions en lui et lui en nous. Ceux qui n’ont ni cru ni compris se sont scandalisés, en jugeant de manière charnelle des réalités spirituelles. Et, quand ils se furent scandalisés et qu’ils eurent péri, le Seigneur se tint en consolateur auprès des disciples qui étaient restés avec lui, et les interrogea pour les éprouver : "Voulez-vous, vous aussi, vous en aller ?". Il voulait nous faire connaître la réponse que leur dicterait leur foi, car lui-même savait qu’ils restaient. Que tout cela, bien-aimés, nous amène donc à ne pas recevoir la chair et le sang du Christ seulement sous la forme du sacrement, ce que font aussi bien des méchants, mais à le manger et le boire au point de participer à l’Esprit, de telle sorte que nous demeurions dans le Corps du Seigneur en qualité de membres, que nous soyons animés par son Esprit, et que nous ne nous scandalisions pas, même si maintenant dans le temps, beaucoup qui subiront à la fin d’éternels tourments, mangent et boivent avec nous les sacrements. Pour le moment, en effet, tant qu’il est sur l’aire, le Corps du Christ est mêlé de bons et de méchants ; mais le Seigneur sait ceux qui sont à lui. Toi qui foules l’aire, tu sais qu’il y a là une masse de grains cachés et nous savons que le battage ne détruit pas ce que purifiera le vannage ; aussi nous tous qui sommes dans le Corps du Seigneur et qui demeurons en lui, nous sommes assurés, frères, que lui aussi demeure en nous et qu’il nous est nécessaire, en ce monde, de vivre jusqu’à la fin au milieu des méchants. Je ne parle pas de ces méchants qui blasphèment le Christ, car il est rare d’en trouver désormais qui le blasphèment avec leur langue, mais nombreux sont ceux qui le blasphèment par leur vie, et nous devons donc vivre au milieu d’eux jusqu’à la fin. Mais que faut-il entendre par cette parole : "Celui qui demeure en moi et moi en lui" sinon ce qu’entendaient les martyrs : "Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé" ? Comment saint Laurent, dont nous célébrons la fête aujourd’hui, est-il demeuré en lui ? Il y est demeuré jusque dans l’épreuve, il y est demeuré jusqu’à l’interrogatoire du tyran, il y est demeuré jusqu’aux menaces les plus effrayantes, il y est demeuré jusqu’à la mort. Et c’est trop peu dire, il y est demeuré jusque dans une torture atroce, car on ne l’a pas tué d’un seul coup, on l’a torturé par le feu, on l’a laissé vivre longtemps, ou plutôt, on ne l’a pas laissé vivre longtemps, mais on l’a forcé à mourir lentement. Par conséquent, dans cette mort lente, au milieu de ces supplices, c’est parce qu’il avait mangé et bu comme il convient, que fortifié par cette nourriture, enivré par cette coupe, il fut insensible aux supplices. En effet celui qui a dit : "C’est l’Esprit qui donne la vie" demeurait en lui. Sa chair brûlait, mais l’Esprit faisait vivre son âme. Il n’a pas cédé et il a accédé au Royaume. Le saint martyr Sixte, dont nous avons célébré la fête il y a quatre jours, lui avait dit : "Ne t’afflige pas, mon fils - il était l’évêque, et lui était son diacre -, ne t’afflige pas, dans trois jours tu me suivras ". Il parlait de ces trois jours qui séparent le jour du martyre de saint Sixte et le jour du martyre de saint Laurent, que nous célébrons aujourd’hui. Quelle consolation ! Il ne lui dit pas : "Ne t’afflige pas, mon fils, la persécution va finir et tu seras tranquille", mais : "Ne t’afflige pas, tu me suivras où je te précède, et tu ne tarderas pas à me suivre ; tu auras trois jours à attendre et tu seras avec moi". Laurent accepta la prophétie, il vainquit le démon et parvint au triomphe.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...