Samedi 3ème semaine de Carême

Samedi, 21 Mars 2020

Contemplation, croissance de l’Église de JEAN DANIÉLOU

La prière est une approche de la Sainte Trinité demeurant dans notre âme. C’est une donnée fondamentale de la prière chrétienne, c’est à dire non plus de la prière de l’homme en tant que créature, mais en tant que fils de Dieu. La grâce établit entre Dieu et nous une relation nouvelle : “Dieu demeure en nous et nous en Lui”. Plusieurs paroles de saint Jean montrent cette réciprocité extraordinaire. Ainsi : “Nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure ”.
Le mystère de la demeure est un des grands mystères de l’Ancien Testament. Dieu demeure au milieu de son peuple. La Demeure signifie la présence stable comme principe d’intimité et de tout un échange de relations. Ce mystère s’exprime en plénitude dans le Christ en qui Dieu demeure : “Le Verbe s’est fait chair et Il a établi sa demeure parmi nous”. Il se continue en nous qui sommes les “temples de l’Esprit”. Réalité incroyable : Dieu demeure dans le fond inaccessible de notre âme. Cette demeure n’est pas quelque chose de matériel, mais l’expression d’une relation nouvelle d’étroite intimité : la Trinité est perpétuellement en nous le principe vivifiant qui nous communique la vie de l’Esprit. La présence de la Trinité dans notre âme est plus que la présence de Dieu dans le cosmos.
Il y a trois formes de présence de Dieu : présence de Dieu dans l’univers, présence de Dieu dans le peuple juif et dans le temple de Jérusalem, et ultime présence de la Trinité dans le Christ et dans ses membres, dans l’intimité de notre âme: “ C’est en Lui que nous vivons, que nous nous mouvons, que nous sommes ”. La prière, alors, consiste à nous rendre présent à Celui qui nous est présent. Dieu nous est présent, mais nous sommes absents. Prier, c’est être attentif à sa présence. La présence est affaire d’attention plus que de proximité physique ; c’est avant tout un acte spirituel. Pensons à l’absence des gens présents physiquement, en métro par exemple, et à la présence des absents que nous aimons, présence qui déborde les frontières de la mort. Un vieux paysan cité par le curé d’Ars, disait lorsqu’il priait: “Il m’avise et je l’avise”, et La Bruyère : “Etre avec les gens qu’on aime, leur parler, ne leur parler point, mais avec eux tout est égal”. Quand deux êtres qui s’aiment sont présents l’un à l’autre, le seul fait de cette présence réciproque comble le coeur. Du moment que Dieu est là, mon coeur est comblé. Qu’ai je besoin d’autre chose ? C’est le silence de l’amour.
Pour descendre dans le sanctuaire de notre âme où Dieu demeure, il y a trois zones de prière. Il faut traverser la zone des distractions, assez facile à dépasser ; puis, la zone où l’on se retrouve soi même avec ses bons sentiments ou ses remords ; on s’arrête généralement là, car cette zone est très difficile à dépasser ; enfin, le fond de nous-même, ou la Trinité demeure et où il faudrait nous exercer à descendre directement comme une pierre tombe au fond de la mer. C’est en cela que la prière demande une part d’exercice. C’est en priant que l’on découvre les obstacles et qu’on arrive à trouver les attitudes concrètes de la prière. La prière ne s’improvise pas. Une expérience suivie est nécessaire.

 

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