Saints Corneille et Cyprien

Mercredi, 16 Septembre 2020

Lettre de Saint CYPRIEN DE CARTHAGE

La gloire que vous avez acquise, très heureux et très chers frères, m’aurait fait un devoir d’aller en personne vous voir et vous embrasser, si la confession du nom du Christ ne m’avait fait reléguer moi-même dans une retraite d’exil, d’où je ne puis sortir. Mais je suis avec vous autant qu’il est en mon pouvoir, et si je ne puis me rendre près de vous corporellement, je suis du moins d’esprit et de cœur au milieu de vous.
Avant d’être dans la mine, vous avez été cruellement bâtonnés, et c’est par là que vous avez inauguré votre confession : ce n’est pas là pour nous, chose que nous devons déplorer. Le bâton n’a pas fait peur au chrétien dont tout l’espoir est dans le bois. Le serviteur du Christ y a reconnu le mystérieux instrument de son salut ; racheté par le bois pour la vie éternelle, c’est par le bois qu’il s’est avancé sur le chemin de la couronne.
Qu’y a-t-il d’étonnant, d’autre part, à ce qu’étant des vases d’or et d’argent, vous ayez été mis dans la mine, c’est-à-dire dans le lieu de l’or et de l’argent, si ce n’est que les mines ont changé de nature, que les lieux qui fournissaient d’ordinaire de l’or et de l’argent se sont trouvés en recevoir ?
Ils ont mis aussi des entraves à vos pieds, et enchaîné de liens infâmes vos membres heureux, demeure divine : comme si avec le corps, on enchaînait l’esprit, comme si le contact du fer pouvait souiller l’éclat de l’or ! Pour des hommes consacrés à Dieu et qui affirment leur foi avec un religieux courage, ces liens, ces entraves, ne sont plus des liens, mais des ornements : ils ne déshonorent point les pieds qu’ils attachent, mais les glorifient et les parent. Ô bienheureuses entraves qui ne sont pas brisées par le forgeron, mais par le Seigneur ! Ô bienheureuses entraves qui laissent aller tout droit par le bon chemin vers le Paradis ! Ô liens chéris qui n’attachent qu’un moment dans ce monde, pour rendre éternellement libres dans l’autre, près de Dieu ! Ô liens, traverses bénies, puisque les pieds dont vous rendez pour le moment la démarche incertaine, vont bientôt courir vers le Christ par un chemin de gloire ! Qu’une cruauté envieuse ou méchante vous enferme tant qu’elle voudra dans ces nœuds et dans ces liens : bientôt délivrés de ces souffrances de la terre, vous arriverez au royaume des cieux.
Dans les mines, le corps n’a pas la douceur d’un lit bien garni pour se reposer, mais le Christ lui est un délassement et un repos. C’est sur la dure que s’étendent ses membres fatigués, mais cela n’est plus une peine quand on s’y étend avec le Christ. Les bains y manquent et la propreté du corps en souffre, mais si la chair garde ses souillures au-dehors, l’esprit est purifié intérieurement. Le pain n’y est donné que parcimonieusement, mais l’homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de la parole de Dieu. On y a froid, on y manque de vêtements, mais celui qui a revêtu le Christ est abondamment vêtu et paré. Sur les têtes à demi tondues, les cheveux se hérissent en désordre, mais puisque le Christ est la tête de l’homme, tout sied bien à une tête que la confession du Christ a rendue illustre.
Toute cette laideur qui paraît détestable et affreuse aux païens, de quelle splendeur ne sera-t elle pas suivie et récompensée ! En échange de cette peine temporelle et brève, quel éclat éternel de gloire, quand le Seigneur, selon la parole de l’Apôtre, aura reformé notre misérable corps sur le modèle de son corps glorieux !

 

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