Jeudi 24ème semaine du T.O.

Jeudi, 17 Septembre 2020

Sermon de Jean TAULER

Mon cher enfant, quand tu es dans l’épreuve, abandonne-toi et garde confiance en Dieu. Il te délivrera sans aucun doute. Demeure dans l’humilité et dans une crainte respectueuse. Étends la main de ton désir uniquement vers l’être transcendant, simple et pur qu’est Dieu, et ne t’attache à rien de tout ce qui est moins que lui. Ne fais pas comme quelqu’un qui, ayant reçu un bijou, ne pense plus qu’à ce bijou, et y prend son plaisir, oubliant celui qui le lui a donné. Comporte-toi comme un homme endormi vis-à-vis de tout ce qui peut apporter jouissance et douceur, à la seule exception du Seigneur lui-même. Reste pleinement dans une véritable humilité, dans ton néant, et dans la plus chère volonté de Dieu avec un véritable sentiment d’abandon.
Les disciples ont bien dû laisser partir Notre Seigneur, et perdre la plus aimable de toutes les présences, qui leur était si divine consolation. Pour recevoir des dons encore plus élevés, ils ont dû s’abandonner. "Tendu vers ce qui est en avant, je poursuis ce qui m’est destiné, le prix de l’appel d’en haut". Tu dois, comme le dit l’aimable Paul, être tendu vers la plus élevée des vocations supérieures, en sorte que tu laisses échapper tout ce qui est au-dessous, si plein de joie et si délicieux que cela ait pu être.
Cher enfant, contiens-toi bien, ne brise rien, ne te libère pas avec violence : le mieux viendra bientôt, il n’a jamais été si proche, et cela te sera si bon ! Mais ne t’en soucie pas, n’aie d’autre pensée que de faire la seule volonté de Dieu et de souffrir dans cette volonté ta pitoyable misère, aussi longtemps que cela lui plaira et quoi qu’il advienne de toi. Quand Notre Seigneur voit ta pitoyable souffrance et comment tu la supportes, t’y comportant valeureusement, la souffrant avec patience – c’est tout cela qui importe –, alors il vient, lui, le Seigneur, avec la mesure débordante, et il se déverse lui-même dans cette mesure, car rien d’autre ne pourrait la combler, et il emplit la mesure jusque par-dessus bord, de ce bien transcendant qu’il est lui-même, si bien qu’elle déborde de toutes parts. C’est alors que l’esprit s’épanche dans le divin abîme. Il se déverse tout en restant plein, comme si l’on jetait une petite cruche dans la mer sans fond, elle serait bientôt pleine et déborderait tout en continuant d’être pleine. Ici Dieu se donne lui-même à l’esprit dans un débordement plus que torrentiel et qui dépasse tout ce que l’âme n’a jamais désiré.
Ayant trouvé l’âme dans une misère sans consolation, Dieu fait pour elle ce que fit le roi Assuérus, nous dit l’Écriture, quand il vit la bienheureuse et bien-aimée Esther paraître devant lui, le visage pâle, perdre connaissance et s’évanouir ; il lui tendit alors le sceptre d’or, se leva de son trône royal, l’entoura de ses bras, l’embrassa, et lui offrit la moitié de son royaume. Cet Assuérus, c’est le Père du Ciel, quand il voit devant lui l’âme bien-aimée, le visage défait, privée de consolation, prête à s’évanouir, et tout affaissée. Il lui présente aussitôt son sceptre d’or, se lève de son trône, lui donne son divin embrassement, et dans cet embrassement divin, l’élève au-dessus de toute infirmité. Ah ! Quelle merveille, pensez-vous, se passe alors dans l’esprit ! L’inclination du sceptre, c’est le don que Dieu fait de son Fils unique à l’âme dans laquelle il répand en même temps, par le plus doux des baisers, la très haute et transcendante douceur du Saint-Esprit. Il partage avec elle son royaume, c’est-à-dire qu’il lui donne pleine puissance sur son royaume, sur le Ciel et la terre, voire sur lui-même, afin qu’elle soit maîtresse de tout ce dont il est le Seigneur, et que Dieu soit en elle, par grâce, tout ce qu’il est.

 

Lecture d'un autre jour à partir du calendrier liturgique...

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