Mardi 5ème semaine de Pâques

Mardi, 4 Mai 2021

De Resurrectione de TERTULLIEN

Même après la résurrection, la chair demeurera susceptible de souffrance, puisque ce sera la même chair ; et pourtant, elle sera exempte de souffrance, parce qu’elle en sera affranchie par Dieu, afin précisément qu’elle ne puisse plus souffrir.
"Il y a une joie éternelle sur leur tête, dit Isaïe, la douleur et la tristesse s’en sont allées loin d’eux". Et l’ange dit aussi à Jean : "Dieu tarira toutes larmes de leurs yeux", c’est-à-dire de ces mêmes yeux qui avaient pleuré auparavant, et qui auraient pu pleurer encore si la clémence divine n’avait séché complètement ces flots de leurs larmes. Et Jean ajoute : "Et il n’y aura plus de mort", et par conséquent plus de corruption, car elle aura été chassée par l’incorruptibilité, comme la mort l’aura été par l’immortalité. Si la douleur, la tristesse, les gémissements, et la mort elle-même proviennent des blessures faites à l’âme et à la chair, comment tout cela serait-il supprimé, si n’en avaient pas cessé les causes, c’est-à-dire les blessures de la chair et de l’âme ? Où donc sera l’adversité auprès de Dieu, où seront les attaques de l’ennemi auprès du Christ, et les assauts du démon auprès du Saint-Esprit, lorsque le diable lui-même aura désormais été englouti dans le feu avec ses anges ? Où sera la nécessité, et ce qu’on appelle fortune ou destin ? Quels coups demeureront encore pour les ressuscités, quand ils ont reçu le pardon, quelle colère pour les réconciliés, quand ils ont reçu la grâce ? Et quelle infirmité après la manifestation de la puissance divine, quelle faiblesse après le salut ?
Ainsi donc la chair ressuscitera en elle-même, en son intégrité. Où qu’elle soit, elle est en dépôt auprès de Dieu, grâce à ce médiateur très sûr entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ, qui rendra Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, l’esprit à la chair et la chair à l’esprit, lui qui a déjà réuni ces deux éléments en sa personne, lui qui a donné une épouse à l’époux, un époux à l’épouse. En effet, si l’on considère que l’âme est l’épouse, sans doute la chair suivra-t-elle à titre de dot. L’âme ne saurait être une prostituée, pour être reçue toute nue par son époux ; elle a pour vêtement, pour parure, pour biens, sa propre chair qui l’accompagnera comme une sœur de lait.
Mais bien plutôt, c’est la chair qui est l’épouse : elle a consommé ses noces avec l’Esprit, son époux, grâce au sang de Jésus-Christ. Ce que tu crois être sa fin n’est, sache-le, qu’une retraite ; ce n’est pas l’âme seule qui se retire, la chair aussi a ses retraites, dans les eaux, les feux, les oiseaux et les bêtes. Quand elle semble s’y dissoudre, elle y est seulement déversée, comme dans des vases. Et si ces vases cessent de la contenir, quand elle leur aura échappé, elle sera absorbée dans la terre sa matrice, comme par de sinueux canaux, de façon qu’Adam apparaisse à nouveau de son sein, pour entendre de Dieu cette parole : "Voici qu’Adam est devenu comme l’un de nous, connaissant alors véritablement le mal" auquel il aura échappé, "et le bien" dont il s’est emparé.
Pourquoi donc, ô âme, en vouloir à la chair ? Il n’est personne de plus proche de toi, et tu dois l’aimer tout de suite après Dieu. Personne n’est pour toi plus fraternel, elle qui naît en Dieu en même temps que toi. C’est pour elle surtout que tu devrais demander la résurrection, car s’il lui est arrivé de pécher, c’est par ta faute.

 

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