Sainte Marie-Madeleine

Jeudi, 22 Juillet 2021

Sainte Marie-Madeleine d’Henri LACORDAIRE

Jésus apparut d’abord à Marie-Madeleine. C’est là, sur le front de cette illustre et bienheureuse femme, une étoile qui ne pâlit point ; il apparut d’abord à Marie-Madeleine, et si nous ne pouvons bien pénétrer tout ce qui se passa dans le cœur de l’un et de l’autre, dans le cœur de Dieu qui donnait à sa plus chère amie de la terre les prémices de sa vie recouvrée, et dans le cœur de la créature qui recevait de son Dieu cette marque d’une prédilection inouïe, du moins pouvons-nous suivre l’Évangile avec la modestie d’une tendre admiration, et y chercher dans l’ombre de nos défaillances, l’imparfaite joie qui nous est permise ici-bas.
Jusqu’ici, toutes les paroles que nous avons entendues au sujet de Marie-Madeleine, ne lui ont point été adressées directement. Mais pour la première fois, à la porte de son tombeau, à l’aube de sa résurrection, Jésus parle directement à Marie ; et il lui parle pour ne plus reprendre l’entretien que dans la région inaccessible où le portera son ascension. C’est le couronnement, l’adieu, la page où Madeleine va disparaître de l’Évangile et entrer pour le reste de sa vie, dans les sombres avenues de l’histoire. Baisons donc avec amour ces dernières paroles tombées des lèvres du Christ dans l’âme de son amie, étudions-les pour le plaisir de notre foi et le charme de notre pèlerinage inachevé.
“Femme, pourquoi pleurez-vous ? ”. Il ne le lui avait point dit cela, lorsqu’au jour de sa conversion elle pleurait à ses pieds. Maintenant l’heure des larmes est passée ; la pénitence, la croix, le tombeau, tout a disparu dans les splendeurs triomphales de la résurrection. Marie n’a plus à pleurer que ces larmes qui sont éternelles dans le cœur des saints, parce que c’est Dieu qui les cause, et l’extase qui les répand.
“Qui cherchez-vous ? ”. Il n’y a plus rien à chercher, Marie, vous avez trouvé Celui que vous ne perdrez plus. Vous ne le verrez plus sur la croix entre les mains de la mort. Vous n’irez plus à son tombeau pour l’y embaumer dans les parfums de la charité. Séparés un moment, vous vous êtes rejoints dans le lieu où il n’y a plus d’espace, plus de barrière, plus d’ombre, plus rien de ce qui empêche l’union et l’unité. Vous êtes un comme il le souhaitait, un comme vous l’espériez, un comme l’est Dieu dans son Fils, au fond de cette essence que vous habitez par la grâce et que vous habiterez un jour par la gloire.
“Marie !” Hélas ! Que notre nom est doux dans la bouche d’un ami, et comme il va loin au fond douloureux de notre être ! Et si c’était Dieu qui le prononçât à voix basse, si c’était Dieu mort pour nous, ressuscité pour nous, qui nous appelât par notre nom, quel écho ne remuerait-il pas dans les infinies profondeurs de notre misère ! Marie-Madeleine entendit tout dans son nom. Elle entendit le mystère de la résurrection qu’elle ne comprenait pas ; elle y entendit l’amour de son Sauveur, et dans cet amour elle le reconnut. “Maître !”, répondit-elle. Un mot lui suffit, comme un mot avait suffi au Fils de Dieu. Plus les âmes s’aiment, plus leur langage est court.
“Va trouver mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu”. C’est le dernier mot du Sauveur à Marie-Madeleine, et ce mot lui donne, de préférence à tous, la révélation du mystère qui va clore le passage du Fils de Dieu parmi nous et l’œuvre de notre rédemption. Apôtre de l’ascension près des apôtres eux-mêmes, Madeleine en conservera le caractère tout le reste de sa vie, et nous la verrons tendre au Christ disparu dans les nuées, par des élévations qui ne nous surprendront point, car nous croyons aux merveilles de la charité qui aspire, comme nous croyons aux merveilles de la charité qui descend.

 

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